Retrait russe de l’accord céréalier : Pourquoi l’Afrique n’en souffrira pas ?

Retrait russe de l’accord céréalier : Pourquoi l’Afrique n'en souffrira pas ?

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La Russie a suspendu sa participation à l’accord sur les céréales après une attaque contre ses navires, dont certains impliqués dans la sécurité du corridor céréalier. Elle est accusée par l’Occident de faire peser un risque de famine. Pourquoi la Russie a-t-elle suspendu sa participation ? Pourquoi le continent africain ne sera pas concerné ? Sputnik en a fait le point.

À quoi servait cet accord ?

La quasi-totalité du blé, du maïs et de l’huile de tournesol de l’Ukraine était exportée par les ports de la mer Noire. Depuis le déclenchement du conflit, plusieurs ports dans cette zone ont été endommagés, certains ont été coupés par des zones de conflit et d’autres ont été bloqués par des mines.
Quant aux céréales russes, les sanctions adoptées contre la Russie entravent l’exportation de produits agricoles et d’engrais.

Conditions de l’accord

Le 22 juillet 2022 à Istanbul, la Russie, la Turquie, l’Ukraine et l’ONU ont signé un ensemble de documents pour débloquer les exportations de céréales face à la flambée des prix alimentaires et les risques de famines dans le monde. Ils consistaient en :
  • La création du Centre conjoint de coordination d’Istanbul destiné à inspecter les navires transportant des céréales, censés emprunter un couloir, exempt de toute activité militaire, afin d’empêcher la contrebande d’armes et d’exclure les provocations.
  • Ces inspections se faisaient en Turquie qui dispose de deux importants ports de commerce
  • L’accord a été conclu pour une période de 120 jours, qui expire fin novembre.
  • Un mémorandum entre la Russie et l’ONU, qui prévoyait l’implication des Nations unies dans les travaux visant à supprimer les restrictions antirusses qui entravent l’exportation de produits agricoles et d’engrais. Il est signé pour une durée de trois ans.

Pourquoi la Russie en est sortie ?

Les premiers facteurs déterminants ont commencé à s’afficher peu après le départ des premiers navires chargés de blé ukrainien.

Au cours d’une réunion du Conseil de sécurité fin août, le représentant permanent de la Russie Vassili Nebenzia a pointé des incohérences concernant la mise en œuvre de l’accord céréalier : « En quatre semaines d’opérations d’exportation, sur 34 navires, un seul est allé en Afrique ».

Citant des données de l’Onu du 26 octobre, la diplomatie russe a indiqué que 390 navires ont pu utiliser le couloir humanitaire, emportant environ 8,9 millions de tonnes de céréales des ports ukrainiens. Dans le même temps, la moitié de tous les approvisionnements était destinée à l’UE et à des pays développés tels que le Royaume-Uni, Israël et la Corée du Sud. Les pays dans le besoin, notamment la Somalie, l’Éthiopie, le Yémen, le Soudan et l’Afghanistan, n’ont reçu que 3 % des cargos, principalement par le biais du Programme alimentaire mondial.

Quant aux livraisons russes, Moscou a à plusieurs reprises attiré l’attention sur les difficultés de mise en œuvre du mémorandum. En particulier, les navires russes transportant des céréales et des engrais ne sont toujours pas acceptés dans les ports européens en raison des sanctions. De plus, il y a de sérieux problèmes avec leurs assurances.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été l’attaque de drones ukrainiens contre des navires russes de la flotte de la mer Noire, impliqués dans la sécurisation de l’exportation de céréales.

La Russie a décidé de se retirer de l’accord dès le 29 octobre. Selon une lettre de la diplomatie russe à l’ONU, le couloir utilisé pour les exportations de blé depuis l’Ukraine a été utilisé pour dissimuler l’attaque contre Sébastopol.

La Russie accusée de faire peser un risque de famine

Les États-Unis et les pays de l’UE se sont opposés à cette décision susceptible, selon eux, d’accentuer les risques de famine dans le monde. Certains médias occidentaux jouent la carte de la famine en Afrique : le New York Times indique que l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya et la Somalie seront particulièrement touchés.

Selon l’ONU, sur 87 navires, 30 sont allés à l’UE, 57 ont livré du blé à d’autres pays, dont la Chine, l’Égypte, l’Inde, l’Iran et le Liban. Trente-deux navires sur ces 57 avaient pour destination la Turquie. La Russie, à son tour, avant de revenir à une mise en œuvre des accords, attend une enquête approfondie sur l’attaque des navires russes.

Pourquoi il ne faut pas tirer la sonnette d’alarme

Face aux accusations, la Russie garantit qu’elle est prête à indemniser les pays les plus pauvres pour la baisse des volumes de céréales, a déclaré le porte-parole du Kremlin. Il a rappelé que « seule une petite partie des céréales fournies dans le cadre de cet accord est revenue aux pays les plus pauvres, le reste a été reçu par des pays qui ne sont pas pauvres situés en Europe. »

La Russie remplira toutes ses obligations pour la fourniture de céréales à l’Égypte.

Le ministre russe de l’Agriculture a fait savoir que la Russie était prête à envoyer gratuitement jusqu’à 500.000 tonnes de céréales aux pays les plus pauvres au cours des 4 prochains mois ainsi qu’à remplacer complètement le blé ukrainien sur le marché mondial.

La Russie maintient le contact avec les pays africains, a rassuré le représentant spécial du Président de la Fédération de Russie pour le Moyen-Orient et l’Afrique, Mikhaïl Bogdanov.

Avec Sputnik