Brésil : Qui est Lula da Silva, cet ancien cireur de chaussure, de retour au pouvoir ?

Brésil : Qui est Lula da Silva, cet ancien cireur de chaussure, de retour au pouvoir ?

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Lula da Silva, 77 ans, icône insubmersible de la gauche latino-américaine, a été élu dimanche 30 octobre 2022 président du Brésil. Il signe son retour au palais présidentiel de Brasilia après avoir enchaîné moments de gloire et revers de fortune en passant par la case prison.

« Le Brésil est de retour !« , a lancé dimanche le président élu Lula, prônant « la paix et l’union« , après sa victoire d’une courte tête sur le président sortant d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Le come-back de Luiz Inacio Lula da Silva, qui a été au pouvoir lors de deux mandats (2003-2010) et voit sa 6e campagne présidentielle le mener de nouveau à la fonction suprême, est une première dans l’Histoire récente du Brésil. Mais Lula, qui a connu un destin hors norme, revient de loin.

En prison pour corruption

Condamné pour corruption dans le plus grand scandale de l’Histoire du Brésil, « Lavage express« , une affaire de pots-de-vin mêlant l’entreprise Petrobras et plusieurs sociétés de BTP, il est incarcéré 580 jours, d’avril 2018 à novembre 2019. Le chef de file du Parti des Travailleurs (PT) s’est toujours dit victime d’un complot politique qui a permis à Bolsonaro d’être élu à la présidence en 2018 alors qu’il en était le grand favori.

En mars 2021, il peut de nouveau rêver à une revanche éclatante. La Cour suprême annule ou prescrit ses condamnations, ce qui lui permet de recouvrer ses droits politiques, sans l’innocenter pour autant. Pour le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, l’enquête et les poursuites engagées contre Lula avaient violé son droit à être jugé par un tribunal impartial.

Une popularité contrastée

Brésil : Qui est Lula da Silva, cet ancien cireur de chaussure, de retour au pouvoir ?
Crédit Photo : Google Images

Aujourd’hui, 12 ans après avoir quitté le pouvoir sur un taux stratosphérique d’opinions favorables (87 %), l’inoxydable Lula veut rendre « le Brésil heureux de nouveau« . Ce tribun charismatique à la voix rauque a parcouru l’immense pays, équipé d’un gilet pare-balle, et a livré un duel acharné à son ennemi de toujours, Bolsonaro.

Mais il est aussi détesté par une partie des Brésiliens pour lesquels il incarne à tout jamais la corruption. Jair Bolsonaro, qui avait beaucoup joué sur la haine du PT pour être élu en 2018, n’a cessé de le traiter de « voleur » et « d’ex-prisonnier » lors de leurs débats.

Ancien cireur de chaussures

Rien ne prédisposait Lula à un tel destin, ce cadet d’une fratrie de huit enfants, né le 27 octobre 1945 dans une famille d’agriculteurs pauvres du nord-est du Brésil. Enfant, Lula quitte l’école pour devenir cireur de chaussures. Il a sept ans lorsque sa famille déménage à Sao Paulo pour échapper à la misère. Vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l’auriculaire gauche dans un accident du travail.

À 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes. Il est élu en 1975 président du puissant syndicat des ouvriers métallurgistes et conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Il cofonde le PT, un parti de gauche plurielle, au début des années 1980 avec un groupe de travailleurs, d’artistes et d’intellectuels, alors que le Brésil est dirigé par un régime militaire.

Il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et en 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

Deux mandats avec l’accent mis sur le social

Premier chef de l’État brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en œuvre d’ambitieux programmes sociaux, grâce aux années de croissance portées par le boom des matières premières. Sous ses deux mandats, près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.

Lula a aussi incarné un pays qui s’ouvrait sur le monde, et a conféré au Brésil une stature internationale avec, notamment, le Mondial de football (2014) et les jeux Olympiques (2016) à Rio de Janeiro.

Idéaliste, mais pragmatique, Lula est passé maître dans l’art de tisser des alliances parfois contre-nature. Pour cette présidentielle, son colistier est un technocrate centriste à même de rassurer les milieux économiques : Geraldo Alckmin, son adversaire lors de précédents scrutins.

En mars 2016, sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de sa dauphine, Dilma Rousseff, avait été un échec cuisant, tout comme la destitution de celle-ci en août.

Épreuves personnelles

Le parcours du président-élu est aussi marqué par des épreuves personnelles. Alors qu’il n’est âgé que de 25 ans, il perd sa première épouse, Lourdes, victime d’une hépatite. Elle est alors enceinte de huit mois. En octobre 2011, il souffre d’un cancer du larynx.

Puis, en février 2017, Lula perd son épouse de 30 ans, Marisa Leticia Rocco, avec laquelle il a eu quatre enfants.

Mais Lula a retrouvé un nouvel amour, Rosangela da Silva, surnommée « Janja« , une sociologue militante du PT, de 21 ans sa cadette, qu’il a épousée en mai. « Je suis amoureux d’elle comme si j’avais 20 ans » a-t-il dit de celle qui a pris une part active à sa campagne.

Un défi de taille attend désormais Lula qui va devoir réunir et pacifier un Brésil polarisé et malmené par quatre années de gestion à coups de crises de son prédécesseur.

Avec BFMTV